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Rencontre avec le dessinateur et réalisateur Jung autour de son oeuvre "Couleur de peau miel".

La discussion a suivi la projection de « Couleur de peau : miel », samedi 29 novembre 2014 au cinéma Concordes de Pont-à-Mousson.

"Couleur de peau miel" est un récit autobiographique. Jung raconte comment à l'âge de 5 ans un policier l'a trouvé dans la rue et l'a conduit dans un orphelinat de Séoul. Adopté par une famille belge, il se retrouve au milieu d'une fratrie de 4 enfants. Dans les 3 tomes que constitue la série parue chez Soleil, Jung s'interroge sur son identité, sur ses liens avec sa meère adoptive et sur l'identité de sa mère biologique. Adapté en film d'animation en 2012, le film a reçu de nombreux prix à travers le monde !

jungJung : Certaines musiques ont été composées par ma fille, notamment la dernière chanson "roots". En substance elle lui dit d'aller de l'avant et de profiter de ses deux cultures.
Le premier voyage en Corée a eu lieu à l'occasion du tournage. J'en ai donc peu profité. La volonté de scénarisé le tournage a dramatisé le film. Peu d'images ont donc été retenues.
Le film en lui-même n'est pas une adaptation littérale de la bd. C'est la même histoire mais racontée de façon différente. Le film intègre le retour en Corée en prise de vue réelle, des films familiaux en Super 8 et de l'animation. Le challenge était d'opérer un mélange des genres, ce qui fait que le montage a été particulièrement long. Ici la technique devait être au service de mon histoire.

Pourquoi faites-vous de la BD ?
Jung : Le dessin me permet d'exprimer beaucoup de choses, de se défouler. C'est la motivation qui m'a permis d'apprendre.
Déjà petit, les thématiques du déracinement, de l'abandon étaient présentes. En 2007, je décide d'affronter les choses en commençant mon autobiographie.

Relation avec sa mère ?
Jung : Si j'avais eu une relation moins difficile avec ma mère, j'aurais moins rêvé de ma mère biologique. Il est important de savoir que si l'on a été adopté et c'est que l'on a été désiré!

Comment votre mère a reçu le film ?
Jung : Elle avait déjà lu les deux premiers tomes de la bd. Elle a eu peu de réaction sur le premier volume mais a été très touchée par le deuxième.
L'évocation de mon histoire personnelle se fait par étape. Le premier tome consacré à l'enfance et au début de l'adolescence, est placé sous le signe de la colère. Le deuxième tome qui correspond à la fin de l'adolescence est sous le signe de l'apaisement.
Il y a une dimension thérapeutique à travers cette démarche artistique.

Pourquoi n'avez-vous pas fait la voix off du film ?
Jung : C'est un travail de comédien, il est assuré par le doubleur de Brad Pitt.

Y a-t-il des choses que vous auriez aimé mettre dans le film ?
Jung : Oui, j'aurais aimé mettre plus de choses. Par exemple dans les bd il y a tout un passage sur la découverte de la sexualité mais les producteurs ont refusé. De même le passage sur le suicide a été édulcoré.
Il y a beaucoup de métaphores et de séquences oniriques qui permettent d'exprimer des sentiments plus abstraits et évitent le pathos.

Par rapport à l'identité, les choses ont-elles évolué ?
Jung : L'identité évolue tout le temps, je n'en ai pas fini avec ce travail. L'abandon est un traumatisme dont il faut prendre conscience et l'accepter pour se reconstruire.

D'où vient votre attrait pour la bd ?
Jung : Mon père était fan des revues Spirou, Tintin. J'ai donc découvert très tôt la bd, j'aimais particulièrement Jonathan (de Cosey).

Vous parlez beaucoup de votre mère biologique, mais jamais de votre père !
Jung : La quête identitaire passe par la mère mais ce que je cherchais d'abord, c'est l'amour d'une mère. Quand ma mère adoptive me l'a déclaré, cela m'a permis de me reconstruire.
Il existe un documentaire réalisé par Deann Borshay Liem: First Person Plural. Elle a retrouvé ses parents biologiques et s'est retrouvée en conflit avec ses parents adoptifs. Elle est revenue vers sa famille d'adoption car c'est avec elle qu'elle a vécu le plus de choses !

Connaissiez-vous votre pays d'origine ?
Jung : Enfant j'ai eu un gros livre sur la Corée mais je l'ai très peu ouvert, j'étais japonais !!

Est-ce que tout est vrai dans le film ?
Jung : Oui tout est vrai, seule la chronologie a pu être un peu modifiée.

Comment s'est passée la réalisation du film ?
Jung : 4 ans et 200 personnes ont été nécessaires. Beaucoup d'équipes ont eu en charge des parties du film. Ainsi, le compositing (passage de la 3D à la 2D) a été fait à Nancy.
Le film a coûté 4 millions d'euros et a été supporté par 7 régions en France et par la Belgique.
Un mini pilote de 2 min avait été réalisé à Nancy et diffusé sur Youtube avec une fausse date de sortie (pour un film qui n'existait pas encore). Un journaliste belge a fait un article qui a été repéré par un distributeur prêt à acheter le film... Sur un coup de bluff il a été possible de chercher des financements.

Une suite est-elle prévue pour ce film ?
Jung : Non il n'y a pas de suite de prévue. Par contre je travaille sur d'autres projets. Notamment un film en prise de vue réelle sur le thème des baby box (boîte dans laquelle les mères peuvent déposer les enfants qu'elles ne souhaitent pas garder, ceci n'existe pas en France où on peut accoucher sous X).
Faire un film d'animation est compliqué car cela nécessite un gros coup de projecteur et une reconnaissance officielle via des festivals par exemple.

Comment travaillez-vous sur les décors et sur la bd ?
Jung : Je travaille les décors d'après des photos, cela nécessite beaucoup de recherche.

Que faites-vous en premier ? Le texte ou le dessin ?
Jung : En principe il faut d'abord travailler le scénario puis le découpage. Mais pour Couleur de peau miel, j'avais assez d'expérience pour réaliser les planches directement. J'en faisais 4 par jours.

Est-il difficile de choisir ce que vous vouliez garder ou couper ?
Jung : Non, j'avais une idée claire de ce que je voulais faire. Nous avons aussi travaillé très longtemps sur le montage.

Le film a été sélectionné pour l'action « film au collège ».
Jung : C'est une deuxième vie pour le film !
Le film a déjà reçu beaucoup de prix, il a été diffusé dans des festivals importants et présenté partout dans le monde : aux Nations-Unies, au Japon, en Corée...
Il a une réelle utilité !

Quel a été l'accueil du film en Corée ?
Jung : Il a été présenté en mai, j'avais beaucoup d'appréhension. Mais la profession s'est beaucoup mobilisée. A chaque présentation, j'étais accompagné par un réalisateur coréen. Le public a vraiment apprécié le film car il ne s'agit pas d'un jugement mais d'une partie de l'histoire de la Corée, même si le sujet est encore tabou !