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min caravanecouvSérie étrange et dérangeante (HBO, 2004)

A mi-chemin entre Freaks et Twin Peaks, cette série vous fera voir la femme à barbe sous un jour nouveau...

1930, aux Etats-Unis. La grande dépression plonge le pays dans la misère. Une fête foraine peuplée de marginaux sillonne le pays. Sur son chemin, elle ramasse Ben, jeune homme pour le moins égaré. Evadé du bagne, il enterre sa mère avec qui il entretenait une relation mêlant crainte et castration. La foire, lieu de divertissement autant que de perdition, est dirigée par une entité avec qui seul le nain est autorisé à dialoguer. Mais l'arrivée de Ben va cristalliser et mettre en exergue tout un potentiel étrange et maléfique qui sommeillait. Doté d'un don de guérison et de résurrection qu'il se réfusait à exercer jusqu'alors, Ben devra apprendre à l'accepter et le maîtriser pour sortir vainqueur de l'éternel combat entre bien et mal.

min nainCette série décalée n’est pas sans rappeler deux chef-d’œuvre : Twin Peaks de David Lynch, série télévisée à laquelle elle emprunte son atmosphère étrange/angoissante ainsi que  certains de ses acteurs ; et Freaks de Tod Browning, autrement appelé La monstrueuse parade, film des années 20 qui met en scène de vrais « monstres » dans une histoire dérangeante d’amour et de trahison. La caravane de l'étrange vit un démarrage fulgurant et un succès récompensé par plusieurs Awards, celui du meilleur générique notamment. Et elle ne l'a pas volé ! Une entrée en matière impeccable :  un jeu de tarot qu'on effeuille met en abîme, par ses illustrations médiévales, tous les sujets que la série abordent (le combat entre le bien et le mal, le libre arbitre face à la destinée) mais également toutes les joyeusetés de l'époque (la lutte des classes, la pauvreté, la ségrégation...)

caravanefemmeabarbeLes personnages qui peuplent cette histoire sont issus d’une culture populaire partagée mais également reniée et rejetée. Leurs caractères monstrueux les relèguent à une vie nomade et précaire dans laquelle ils trouvent malgré tout de quoi construire du lien social. C’est d’ailleurs ce qui ajoute à l’aspect étrange de la série : on en vient à accepter et à donner une légitimité à des personnages rattachés à un imaginaire collectif dérangeant. Femme à barbe, siamoises, cracheur de feu, voyante et autres personnages inadaptés provoquent une fascination parsemée de crainte et d’un zeste de voyeurisme qu’on a enfoui au plus profond de soi. Et non seulement nous sommes nombreux à partager ce sentiment mais le créateur de la série a l’intelligence de le mettre en parallèle à cette période sombre de l’Histoire qu’est la grande dépression.

Il met d’ailleurs en scène un vrai paradoxe : le manichéisme d’un combat qui oppose le bien et le mal en regard d’un contexte politique complexe. Il ne s’agit pas là d’une enquête ou d’un éclairage historique mais plutôt de la chronique d’une époque dans laquelle il est plus simple de se lancer corps et âme dans la religion et de laisser en pâture au paranormal tout ce qui reste inexpliqué.

caravanemerefilleDe l’ambiance poisseuse et poussiéreuse qui prédomine surgit l’humour, le mystère, la sensualité. On arrive peu à peu à aimer ces personnages qu’on nous livre d’abord de façon très brute. Chacun déroule sa problématique individuelle intrinsèquement liée à celles des autres. Les destins s’entrecroisent, la machine se met en place et on envisage un final qui ne tient malheureusement que partiellement ses promesses. Faute de budget, la série s’arrête après deux saisons (sur les six initialement prévues), laissant à ses fans un goût amer… Et pourtant, on ne regrette rien. La beauté des images et le style de cette série atmosphère vaut la peine de se sentir un peu orphelin. On se prend finalement à imaginer, à rêver (ou cauchemarder) la suite de l’histoire. Et si Ben n’avait pas… :-X

Delphine D.

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